Les étapes d'un projet d'architecture : La phase de chantier (4/4)
- Kim Cloutier

- il y a 1 jour
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Après les étapes de conception et de planification, vient enfin le moment le plus attendu d’un projet d’architecture : le chantier. C’est une période à la fois enthousiasmante et exigeante, où l’on voit se dresser les murs et se former les espaces imaginés sur papier. Le bruit, la poussière, les imprévus, les décisions de dernière minute… Tout va plus vite, tout semble technique, et soudain, ce projet qu’on croyait bien maîtriser devient un territoire inconnu.
Pourtant, contrairement à ce que l’on croit parfois, ce n’est pas une simple “exécution automatique” des plans. Chaque étape implique des décisions, des contrôles de qualité et une coordination serrée entre divers professionnels. À ce stade, il est normal de se poser des questions. Est-ce que les bonnes décisions seront prises ? Qui vérifie que tout est conforme ? Que faire si quelque chose dérape ?
C’est justement dans cette phase que le rôle de l’architecte prend toute sa dimension stratégique. Son travail ne s’arrête pas une fois les plans signés — au contraire. Sur le chantier, il devient votre représentant, votre repère technique, et votre garde-fou. Il coordonne, il contrôle, il anticipe. Il fait en sorte que les choix faits en amont soient respectés jusqu’au dernier détail.
Dans cet article, nous allons passer en revue les grandes étapes de la phase chantier – de la démolition à la remise des clés – en vous montrant, à chaque moment, le rôle concret que joue l’architecte pour garantir la qualité, la cohérence et la sérénité du projet.

Démolition et/ou excavation : préparer le terrain
La première étape d’un chantier consiste à préparer le terrain, soit en démolissant l’existant, soit en procédant directement à l’excavation dans le cas d’une construction neuve.
Démolition et dégarnissage intérieur: faire table rase avec méthode
Dans une rénovation, la démolition peut être sélective ou complète. Bien menée, elle permet de recycler ou réutiliser certains matériaux. Mais elle réserve aussi parfois des surprises :
murs porteurs inattendus,
contamination du sol,
fondations anciennes mal documentées.
À ce stade, l’architecte collabore avec l’ingénieur et l’entrepreneur pour définir ce qui doit être retiré et ce qui peut être conservé. Comme les imprévus sont fréquents, il est prudent de prévoir une marge de budget et de temps. Selon l’ampleur des travaux, cette étape dure de quelques jours à quelques semaines.
Excavation : préparer les bases
Dans le cas d'un agrandissement ou d'une construction neuve, une fois le terrain libéré et sécurisé, on peut passer à l’étape suivante : l’excavation, qui prépare le sol à recevoir les nouvelles fondations.
L’excavation consiste à creuser le terrain pour mettre en place les futures assises du bâtiment (semelles, vide sanitaire, sous-sol). C’est une étape cruciale, car elle conditionne directement la stabilité de la maison et la qualité des fondations qui suivront.
Points techniques surveillés
Démolition : identifier les murs porteurs et les éléments non anticipés auparavant cachés dans les murs, gérer les matériaux à recycler, détecter la présence de contaminants (amiante, plomb, moisissures).
Excavation : profondeur et stabilité des talus, qualité du sol (portance, drainage), respect des limites du terrain et sécurité des fondations voisines.
Fondations: couler les bases
Les fondations sont une étape décisive du chantier. Elles garantissent la stabilité du bâtiment, mais également son implantation sur le terrain. Une erreur à cette étape peut avoir de gros impacts sur la suite du projet, car les fondations en sont les bases.
Voici un aperçu chronologique des étapes de construction des fondations d'un bâtiment, comment elles se déroulent, et comment votre architecte veille à ce que chaque détail soit conforme aux attentes et aux normes.
1. Coffrage des semelles
La première étape consiste à installer un moule en bois (le coffrage) dans lequel on coule les semelles : des bandes de béton qui répartissent uniformément le poids de la maison sur le sol. L’architecte vérifie ici l’implantation précise, la profondeur et les armatures prévues, en coordination avec l’ingénieur en structure. Une erreur à ce stade peut compromettre la stabilité de toute la construction.
2. Coffrage des murs de fondation
Une fois les semelles durcies, on procède au coffrage et au coulage des murs de fondation, généralement en béton armé. L’architecte s’assure que les murs respectent les dimensions, que les éléments techniques (ex. entrées de plomberie ou d’électricité) ou l'emplacement des fenêtres sont bien prévues.
3. Imperméabilisation : éviter les infiltrations
Une fois les murs décoffrés, on applique une membrane ou un enduit imperméable sur leurs faces extérieures, afin d’empêcher toute infiltration d’eau. À cette étape, l’architecte contrôle la qualité de l’application, la continuité de la membrane, et les points sensibles comme les jonctions ou les angles.
4. Isolation extérieure : prévenir les pertes de chaleur
L’isolation extérieure consiste à fixer des panneaux isolants rigides contre les murs de fondation, ce qui améliore l’efficacité énergétique du bâtiment. L’architecte veille ici à la conformité des matériaux choisis, à leur épaisseur, et à la qualité de la pose, afin d’assurer la continuité de l’enveloppe thermique du bâtiment.
5. Drain français et membrane drainante : maîtriser l’évacuation de l’eau
Tout autour des fondations, un drain perforé est installé, enveloppé d’une membrane filtrante qui empêche les particules de bloquer le système. Il est ensuite relié à un bassin de captation à l’intérieur du bâtiment. L’architecte vérifie le bon positionnement du drain, sa pente d’écoulement, ainsi que son raccordement conforme au système prévu, pour garantir une gestion efficace des eaux souterraines.
Points techniques surveillés
Profondeur, épaisseur et niveau des fondations
Drain français et imperméabilisation
Pose d'isolant mural ou sous dalle
Détails structuraux (semelles, armatures) - Vérifications faites par l'ingénieur en structure
Charpente : voir les volumes se dresser
C’est l’étape la plus spectaculaire : la maison prend forme sous vos yeux. En quelques semaines, les murs s’élèvent, les planchers se posent, la structure s’assemble. La charpente est le squelette de la maison. Elle peut être réalisée en ossature légère, en bois massif ou en acier, selon la conception choisie.
Étapes principales de la construction de la charpente :
1. Plancher du rez-de-chaussée
Une fois les fondations terminées, on installe le plancher du rez-de-chaussée. Il repose directement sur les fondations ou sur des murs de vide sanitaire. C’est la base de toute la structure.
2. Murs extérieurs
Les murs porteurs extérieurs sont ensuite assemblés. C’est la première fois qu’on “voit” la maison monter. On y intègre déjà les ouvertures prévues : fenêtres, portes, baies vitrées.
3. Murs porteurs, colonnes, poutres et plancher de l’étage
Si la maison comprend un étage, on installe ensuite les éléments qui le soutiennent : murs porteurs intérieurs, colonnes structurelles, poutres, et finalement le plancher de l’étage. Ces composants doivent s’imbriquer parfaitement pour assurer la stabilité de l’ensemble. On vérifie notamment l’alignement entre les étages et le bon positionnement des charges.
4. Toiture
La toiture peut être réalisée à partir de fermes préfabriquées ou d’une charpente traditionnelle. C’est cette étape qui donne à la maison sa forme finale. Une fois la charpente posée, le revêtement de toiture est installé rapidement pour "fermer" le bâtiment — c’est-à-dire le protéger de la pluie. Cela permet aux équipes de continuer à travailler à l’intérieur, peu importe la météo.
Pendant cette phase, l’architecte veille à ce que chaque élément structurel soit bien positionné, aux bonnes dimensions, et conforme aux plans. Il valide aussi les hauteurs de plancher et de plafond, leur nivellement, ainsi que les alignements entre les différents éléments constructifs (murs, ouvertures, poutres, etc.). Cette vérification n’est pas seulement une question de conformité technique : elle garantit que les installations à venir — escaliers, cloisons, équipements mécaniques — pourront s’intégrer correctement.
Points techniques surveillés
Niveaux et alignements des planchers et plafonds
Position des murs porteurs, colonnes et poutres
Conformité et dimension des ouvertures (portes, fenêtres, escaliers)
Isolation et étanchéité : cœur de la performance
L’isolation et l’étanchéité sont deux étapes clés pour assurer le confort thermique, l’efficacité énergétique et la durabilité du bâtiment. Ce n’est pas seulement une question de “quel matériau choisir” : c’est l’enchaînement et la qualité de pose de chaque couche qui comptent. Voici comment ces étapes se déroulent sur le chantier :
1. Pose de l’isolant rigide à l’extérieur
Dès l’assemblage des murs extérieurs, on installe souvent un isolant rigide du côté extérieur (comme des panneaux de fibre de bois ou de polystyrène). Il améliore l’efficacité thermique en limitant les ponts thermiques à travers la structure.
2. Installation du pare-air (ou pare-intempérie)
Par-dessus l’isolant rigide, on fixe une membrane pare-air qui empêche le vent de pénétrer dans les murs tout en laissant l’humidité s’évacuer vers l’extérieur. C’est une barrière essentielle contre les infiltrations d’air et d'eau.
3. Pose du revêtement de toiture
Une fois la charpente montée, on installe rapidement le revêtement de toiture (bardeaux, membrane, tôle…). Cela permet de rendre le bâtiment étanche pour protéger les couches d’isolation qui seront posées ensuite.
4. Isolation des murs à l’intérieur
Quand les murs sont fermés côté extérieur, on isole les cavités intérieures à l’aide de laine minérale ou de cellulose soufflée. Cette couche complète l’isolation rigide extérieure pour créer une enveloppe thermique efficace.
5. Installation du pare-vapeur
Enfin, on applique un pare-vapeur (ou frein-vapeur) à l’intérieur du mur. Il bloque la vapeur d’eau provenant de l’intérieur de la maison, empêchant ainsi l’humidité de pénétrer dans les cavités murales, ce qui pourrait mener à des problèmes de moisissures.
6. Installation des fenêtres
Les fenêtres sont posées une fois que les murs sont préparés, généralement après la pose des membranes murales. Elles doivent être installées avec soin, en ajoutant des membranes d’étanchéité tout autour du cadre pour bloquer les infiltrations d’air et d’eau. Leur position dans l’épaisseur du mur est également cruciale : si elles sont trop décalées vers l’extérieur, cela peut créer des ponts thermiques. Une bonne pose permet de limiter les pertes d’énergie.
L’architecte joue ici un rôle de contrôle qualité essentiel. Il inspecte la pose des isolants, vérifie les jonctions critiques (coins, angles, pourtours de fenêtres, passages de gaines) et s’assure de la continuité de l’enveloppe isolante et des membranes. Il peut recommander un test d’infiltrométrie si nécessaire et corriger certains détails avant qu’ils ne soient masqués par les finitions. Cette étape est souvent invisible une fois le chantier terminé, mais c'est celle qui fera la différence sur votre facture d’énergie… et sur le confort que vous ressentirez au quotidien.
Points techniques surveillés
Joints et chevauchements des membranes (pare-air, pare-vapeur)
Continuité de l’isolation
Position et étanchéité des fenêtres
Revêtement de toiture
Cloisons intérieures et réseaux techniques
Cloisons intérieures
Une fois l'isolation et les membranes en place, on passe à l’aménagement intérieur.
Les cloisons servent à diviser les espaces selon les plans. Avant de les monter, un traçage au sol permet de valider leur position dans l’espace réel et de coordonner le passage des conduits techniques. Cette étape de préparation évite bien des modifications coûteuses et des conflits entre métiers une fois le chantier avancé.
Réseaux techniques : plomberie, mécanique, électricité
Vient ensuite l’installation des réseaux techniques, c’est-à-dire tout ce qui sera invisible une fois les murs fermés, mais qui déterminera directement votre confort au quotidien : tuyauterie pour la plomberie, conduits de ventilation et de chauffage, câblage électrique et domotique.
C’est une étape délicate, car plusieurs corps de métier travaillent en même temps dans un espace restreint. La coordination est assurée par l’entrepreneur général, qui planifie et organise le travail des sous-traitants afin d’éviter les conflits d’espace et les retards.
L’architecte, de son côté, reste attentif aux choix et aux ajustements faits en cours de route. Il intervient si une décision technique risque d’avoir un impact sur l’aménagement intérieur, l’esthétique ou la performance énergétique du projet. Ensemble, entrepreneur et architecte forment un duo de surveillance qui permet d’assurer que le système technique sera à la fois invisible, fonctionnel et durable.
Visite avant la fermeture des murs : inspection cruciale Avant de poser le gypse, l’architecte mène une inspection complète : c’est la dernière occasion de vérifier l’isolation, les conduits, les prises électriques et les passages techniques avant qu’ils ne disparaissent derrière les murs. Un câble mal placé, une gaine traversant une poutre, une jonction d’isolant mal refermée… ces petits détails peuvent sembler anodins, mais ils risquent de coûter cher plus tard. Cette visite permet aussi de documenter l’intérieur des murs (par des photos) pour anticiper d’éventuels travaux futurs : rénovations, dépannage ou simple perçage mural.
Points techniques surveillés
Position des conduits de ventilation
Passage de la plomberie
Prises électriques, interrupteurs et câblages spécialisés.
Finitions intérieures et extérieures: la maison prend son caractère
C’est la phase la plus visible du chantier : la maison prend enfin son apparence définitive. Les surfaces brutes disparaissent, les matériaux de finition sont posés, et chaque choix esthétique devient concret.
Pose du revêtement extérieur
À l’extérieur, on pose le revêtement choisi (bois, brique, fibre de ciment, tôle…). Cette étape protège le bâtiment contre les intempéries tout en définissant son style architectural.
Pose du gypse et application du plâtre
Les plaques de gypse sont fixées aux murs et plafonds, puis jointées et recouvertes de plâtre pour obtenir des surfaces lisses et prêtes à recevoir la peinture ou les revêtements décoratifs.
Planchers et revêtements muraux
Vient ensuite la pose des revêtements de plancher et des revêtements muraux : bois, céramique, etc.
Peinture
Les murs et plafonds reçoivent ensuite leur couche de peinture.
Installation des portes intérieures
On installe ensuite les portes intérieures, avec leurs cadres.
Cadrages, moulures et plinthes
Une fois les planchers en place, on ajoute les cadrages de portes, contours de fenêtres, moulures décoratives et plinthes.
Mobilier intégré, cuisines et salles de bain
Viennent ensuite les installations fixes : armoires de cuisine, comptoirs, meubles intégrés et finitions de salle de bain (lavabos, vanités, douche, baignoire).
Dernières finitions
Enfin, on installe les luminaires, poignées, accessoires et autres détails qui complètent le projet. C’est la touche finale qui transforme le chantier en une maison prête à accueillir ses occupants.
Points techniques surveillés
Alignement du gypse et des joints : éviter les bosses ou fissures visibles.
Portes et cadrages : vérifier l’aplomb, les jeux d’ouverture et la continuité avec les murs.
Planchers : contrôler le nivellement, le calepinage (motif des joints) et les transitions entre pièces.
Moulures et plinthes : joints serrés et finitions propres aux coins et jonctions.
Peinture : uniformité des teintes, finitions sans coulures ni traces.
Mobilier intégré et salles de bain : ancrages solides, raccords étanches, alignement avec les murs et planchers.
Les finitions sont la partie du chantier la plus visible pour les occupants. Un travail soigné évite les défauts qui sautent aux yeux et les surcoûts de reprise. Architecte et entrepreneur veillent ensemble à la qualité des matériaux, à la cohérence esthétique et à la durabilité des choix réalisés.
Remise des clés : la conclusion… et le début d’une vie
Une fois le chantier terminé, l’architecte procède avec vous à l’inspection finale. Chaque détail est passé en revue : alignements, finitions, fonctionnement des systèmes. C’est aussi à ce moment que vous recevez les documents essentiels à la longévité du bâtiment :
les plans “tel que construit”,
les manuels d’entretien,
et les garanties.
C’est l’aboutissement d’un processus parfois long, mais aussi le début de votre vie dans un lieu pensé, conçu et construit pour durer. Ce moment marque la fin du chantier… et le commencement de votre histoire dans ce nouvel espace.
Conclusion: un chantier mieux vécu, étape par étape
Vous avez maintenant une vision claire des grandes étapes d’un chantier, de la démolition jusqu’aux finitions. Chaque phase comporte ses défis techniques, mais aussi des points de vigilance qui, bien gérés, garantissent la qualité et la durabilité du projet. Sans accompagnement, un chantier peut vite devenir source de stress : imprévus, délais, erreurs coûteuses. Entre les choix techniques, la coordination des métiers et la qualité des finitions, il est facile de se sentir dépassé.
Ici, notre rôle ne s’arrête pas aux plans. Nous sommes présents sur le chantier pour veiller à la cohérence, anticiper les problèmes et défendre vos intérêts à chaque étape. En travaillant main dans la main avec l’entrepreneur et les sous-traitants, nous transformons ce qui pourrait être un parcours semé d’embûches en une expérience plus fluide, rassurante et fidèle à votre vision.




























































































































